L’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Adha sont les deux grandes fêtes de l’année musulmane. Dans la plupart des pays européens, elles ne sont pas des jours fériés, et leur date, calée sur le calendrier lunaire, se décale d’une dizaine de jours chaque année. Résultat : pour beaucoup de salariés, être présent à la prière de l’Aïd et en famille suppose de poser un congé, parfois au dernier moment.
Ce guide explique comment fonctionnent les congés dans ce contexte, ce que l’employeur peut accepter ou refuser, et comment s’organiser pour concilier fêtes religieuses et vie professionnelle sans conflit inutile.
Les fêtes concernées et leur calendrier
Les deux fêtes principales sont l’Aïd el-Fitr, qui clôt le mois de Ramadan, et l’Aïd el-Adha, au moment du pèlerinage. Certaines familles marquent aussi d’autres dates (Achoura, nouvel an de l’hégire, Mawlid), mais ce sont surtout les deux Aïd qui donnent lieu à des demandes d’absence.
La difficulté tient à l’incertitude : selon la méthode retenue (observation du croissant ou calcul astronomique), la date peut varier d’un jour d’une mosquée à l’autre et n’être confirmée que la veille au soir. Il est donc prudent d’envisager deux dates possibles et d’en informer l’employeur dès le départ.
Secteur privé : un congé ordinaire, à demander
En France, les fêtes musulmanes ne figurent pas dans la liste des jours fériés du Code du travail. Il n’existe pas de droit général à une absence pour fête religieuse dans le secteur privé. Le salarié dispose en revanche de ses outils habituels :
- les congés payés, dont l’employeur fixe l’ordre des départs et qu’il peut accepter ou refuser selon les besoins du service ;
- les jours de réduction du temps de travail ou de récupération, lorsqu’un accord les prévoit ;
- un congé sans solde, qui suppose l’accord de l’employeur ;
- un échange de jour avec un collègue, dans les métiers organisés par roulement.
Certaines conventions collectives ou accords d’entreprise prévoient des jours « à la carte » ou des dispositifs de diversité : il vaut la peine de les consulter. Un refus doit reposer sur des raisons d’organisation ; refuser un congé uniquement parce qu’il est demandé pour une fête musulmane, alors qu’une demande comparable aurait été acceptée pour un autre motif, peut constituer une discrimination.
Fonction publique : des autorisations d’absence possibles
Dans la fonction publique française, une instruction ministérielle permet aux chefs de service d’accorder des autorisations d’absence aux agents qui souhaitent participer aux principales fêtes de leur religion, dont l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Adha. Il ne s’agit pas d’un droit automatique : l’autorisation est accordée sous réserve des nécessités du service. La demande doit donc être faite à l’avance, en suivant la procédure interne. Les principes de neutralité qui s’imposent aux agents sont présentés dans la page sur le droit du travail face à la religion.
Ailleurs en Europe et dans le monde
Les pratiques varient beaucoup. Dans plusieurs pays européens, des accords collectifs ou des politiques d’entreprise permettent de récupérer un jour férié chrétien contre une fête d’une autre religion ; ailleurs, seul le congé ordinaire est possible. Dans les pays à majorité musulmane, les deux Aïd sont généralement des jours fériés de plusieurs jours. Pour les personnes qui travaillent à l’étranger, notre guide de l’expatriation pour les francophones aborde ces différences de calendrier.
Bien formuler sa demande
Le bon moment
L’idéal est de demander dès que le planning annuel des congés est ouvert, puis de rappeler la demande quelques semaines avant. Pour l’Aïd el-Fitr, on peut indiquer « le jour de l’Aïd, prévu le X ou le X+1, confirmé la veille ».
Le bon ton
Une demande courte et factuelle fonctionne mieux qu’une longue justification. Proposer une solution de continuité (dossier préparé, collègue prévenu, échange de garde) montre que l’on tient compte des contraintes de l’équipe.
En cas de refus
Il est utile de demander la raison du refus, puis d’envisager une alternative : prière de l’Aïd tôt le matin suivie d’une arrivée décalée, demi-journée, échange avec un collègue. Si le refus semble motivé par la religion, les démarches sont détaillées dans notre page sur la discrimination religieuse au travail.
Ce que disent les savants
La prière de l’Aïd est considérée par la plupart des écoles juridiques comme une sunna fortement recommandée, et certains savants la jugent obligatoire. L’avis le plus répandu est que l’on ne doit pas mettre en péril son emploi ou ses engagements contractuels pour une pratique surérogatoire, et qu’honorer ses engagements fait aussi partie de l’éthique musulmane. Pour une situation précise, il reste préférable de consulter un savant qualifié.
Liste pratique pour les fêtes
- noter dès le début de l’année les périodes probables des deux Aïd ;
- vérifier la convention collective et les accords sur les jours à la carte ;
- poser la demande tôt, en indiquant deux dates possibles ;
- préparer une solution de continuité pour l’équipe ;
- garder une trace écrite de la demande et de la réponse ;
- dans la fonction publique, suivre la procédure d’autorisation d’absence.
Pour la période qui précède la fête, les aménagements possibles pendant le mois de jeûne sont présentés dans le guide du Ramadan au travail.
Les deux listes de référence
Sources et ressources
- Service-public.fr — Fiche officielle de l’administration française sur les droits des salariés.
- Défenseur des droits — Autorité indépendante compétente pour les réclamations en matière de discrimination.
- L’Europe est à vous : travail — Portail officiel de l’UE sur les droits des travailleurs et la mobilité en Europe.
- Organisation internationale du Travail — Normes internationales du travail, dont la lutte contre les discriminations dans l’emploi.

