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Informaticien face aux projets illicites : mesurer son implication

Développeur, admin système ou freelance : comment évaluer une mission pour un client lié aux paris, au crédit à intérêt ou aux contenus illicites.

Informaticien évaluant un projet client

Les métiers du numérique sont, par nature, au service des autres secteurs. Un développeur, un administrateur système ou un consultant data peut ainsi se retrouver, sans l'avoir choisi, à travailler pour un site de paris, une plateforme de contenus pour adultes, une banque de crédit à la consommation ou un comparateur de prêts. Pour un professionnel musulman, la question n'est donc pas de savoir si l'informatique est licite, mais d'évaluer son implication dans les projets qui lui sont confiés.

Cette page propose une méthode pour mesurer cette implication, illustrée par des cas fréquents en entreprise de services numériques, en freelance et en interne. Les avis cités sont ceux couramment exprimés par les savants ; un cas personnel mérite l'éclairage d'un savant qualifié.

Pourquoi l'informatique est un cas particulier

Un logiciel n'a généralement pas de nature propre : la même base de données sert un hôpital ou un casino. Les savants appliquent donc les critères classiques de la contribution indirecte, présentés dans notre page sur la distinction entre participation directe et indirecte : spécificité de l'outil, connaissance de l'usage, intention et proportion. Deux éléments compliquent l'analyse : les projets changent vite, et le salarié d'une société de services ne choisit pas toujours ses clients.

Quatre niveaux d'implication

1. Le cœur de l'activité interdite

Écrire l'algorithme de cotes d'un site de paris, concevoir le tunnel d'abonnement d'un site pornographique, développer le moteur de calcul des intérêts d'un crédit renouvelable : le travail est ici spécifique à l'interdit. La position majoritaire est de refuser ce type de mission.

2. Les fonctionnalités dédiées

Le module de dépôt d'un casino en ligne, la campagne d'acquisition de joueurs, l'interface de souscription d'un prêt : sans constituer l'interdit lui-même, ces fonctions n'ont pas d'autre usage que de le servir. Beaucoup de savants les traitent comme le premier niveau.

3. L'infrastructure générique pour un client problématique

Maintenir des serveurs, sécuriser un réseau ou migrer une messagerie pour un opérateur de jeux relève d'un service neutre fourni à une entreprise dont l'activité est illicite. Les avis divergent : certains savants conseillent d'éviter ces clients lorsque c'est possible, d'autres jugent la contribution trop lointaine.

4. L'outil généraliste

Développer un logiciel de comptabilité, un CMS ou un service d'hébergement vendu à tous, dont certains utilisateurs feront un usage interdit, n'est généralement pas reproché à son concepteur. La responsabilité de l'usage incombe à celui qui le détourne.

Cas fréquents

  • Banque et assurance : une mission sur l'application mobile de consultation de comptes est différente d'une mission sur le moteur d'octroi de crédit. Le contexte bancaire est développé dans la page sur la banque conventionnelle et le riba.
  • Jeux d'argent : les éditeurs de logiciels de casino et de paris sont spécifiquement liés à l'interdit, voir la page jeux d'argent et paris.
  • Contenus pour adultes : les savants considèrent unanimement la diffusion de ce type de contenu comme illicite ; y contribuer techniquement de façon dédiée l'est également.
  • Publicité programmatique : un ingénieur sur une plateforme publicitaire généraliste ne contrôle pas les annonces ; un poste chargé spécifiquement du segment alcool ou paris soulève davantage de questions.
  • Intelligence artificielle : entraîner un modèle généraliste ne pose pas la même question que l'optimiser pour maximiser les mises des joueurs.

Salarié, ESN ou freelance : des marges différentes

Le freelance choisit ses clients et peut fixer des critères éthiques dans ses conditions générales. Le salarié d'une entreprise de services numériques peut exprimer une préférence d'affectation, mais l'employeur n'est pas toujours tenu de l'accepter. En France, refuser une mission prévue au contrat peut avoir des conséquences ; le cadre est expliqué dans notre page sur le refus d'une mission pour motif religieux. Dans tous les cas, mieux vaut aborder le sujet tôt, avec tact, en proposant d'autres projets.

Évaluer une mission avant de l'accepter

  1. Quel est le client final et quelle est son activité principale ?
  2. La fonctionnalité demandée sert-elle uniquement l'activité interdite ?
  3. Mon travail serait-il réutilisable pour un client licite ?
  4. Quelle part de mon temps la mission représente-t-elle ?
  5. Puis-je être affecté ailleurs sans préjudice majeur pour l'équipe ?

Des débouchés compatibles

Le numérique offre de nombreuses voies sans dilemme : éducation en ligne, santé, industrie, administration, e-commerce, applications associatives. La fintech islamique et les plateformes technologiques halal recherchent aussi des développeurs, des spécialistes produit et des experts en sécurité. Construire une réputation sur ces segments permet, à terme, de choisir plus librement ses projets.

Les deux listes de référence

Sources et ressources